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Patchwork malien

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Photo du Pays Dogon Mali





























 

Royaume de l’or et des épices de l’Orient d’hier, terre des caravanes du sel de Taoudeni d’aujourd’hui, le Mali, cet immense pays d’Afrique dite « sub saharienne », est avant tout un pays mosaïque, où s’entremêlent en permanence d’innombrables ethnies, langues et cultures différentes.

Autant de richesses, autant d’occasions de rencontres inoubliables : Toutes nos rencontres ne sont-elles pas autant de voyages ?
A pied, du haut de la falaise de Bandiagara, avec les mystérieux Dogon, « le Peuple des Falaises », en pinasse sur le fleuve Niger avec les pêcheurs Bozo, « les Maîtres de l’Eau », ou en randonnée chamelière en plein Sahara avec les Touaregs, les « Hommes Bleus », découvrez en profondeur, aux rythmes de l’Afrique, une partie de ce fascinant patchwork malien. Récit de deux mois d’aventures haut en couleurs.

Pays Dogon, le Peuple des Falaises.

Croquis de VoyagesRégion incontournable du sud-est du Mali près de la frontière du Burkina Faso, coupé par la fameuse falaise de Bandiagara longue de plus de 200 kilomètres, oscillant entre 400 et 700 mètres de hauteur, le Pays Dogon se termine vers les Monts Hombori (littéralement « Aujourd’hui est bon »), Mecque des grimpeurs, et la Main de Fatima, un des points culminants du Mali.

Révélé à l’Occident grâce à l’expédition ethnologique conduite par Marcel Griaule en 1931, auteur du célèbre « Dieu d’eau », le pays Dogon est classé depuis 1989 Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.

Il n'empêche : Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Pays Dogon.

Danseurs de masques Dogon vénaux et désabusés, chefs de villages et autres « hôteliers » pervertis, capables de jouer à l’infini le registre de la fraternité apprise en échange de quelques billets de plus.
Forgerons Dogon dépossédés de leur âme vendant leurs statues centenaires aux plus offrants, ne laissant derrière eux que de pâles copies que s’arrachent pourtant quelques touristes trop crédules. Enfants-mendiants jetés en pâture par leurs parents, répétant comme des perroquets à longueur de journée : « Eh, Toubabou, donne-moi un cadeau ! », « M'sieur, donne-moi ta casquette », « Toubab, donne-moi ton tee-shirt », « M’sieur, donne-moi...».


Mon 4x4 en provenance de Mopti, à trois heures de là, n’a pas encore eu le temps de s’arrêter dans le centre de Sangha, porte obligée du Pays Dogon, qu’une horde d’enfants sauvages prend déjà d’assaut notre véhicule.
Me voilà donc irrémédiablement baptisé « Toubabou » jusqu’à la fin de mon court séjour Dogon, moi l’homme forcément riche puisqu’à la peau blanche.

Je maudis au passage, débarqués ici bien avant moi, les premiers missionnaires français et leurs notions médicales rudimentaires de l’époque : « Toubabou » résulte de « l’africanisation » et de l’extension progressives du mot arabe « Toubib », le docteur.

Un couscous bourratif trop vite expédié au restaurant de l’hôtel « Femme de Sangha » et une bonne heure de négociation laborieuse plus loin avec le guide Dogon sur lequel je jette (trop vite ?) mon dévolu, nous voici déjà partis à l’aventure pour cinq jours d’un trekking forcément (et savamment) balisé au cœur du Pays Dogon.
Ma liasse de francs CFA passé dans sa main sous l’effet d’un tour de passe-passe maîtrisé, Tégué II Dolo (mais où est donc passé Tégué I ?), paré de son costume indigo de guide « officiel » Dogon, zigzague déjà, alerte, dans une forêt de baobabs à faire pâlir le Petit Prince en personne.

Direction Tiegou, Yendouma Sogoul et Yendouma Atto, nos premières étapes du jour.

Pourri, le Royaume du Pays Dogon, certes. Mais magique, déjà : Par delà les multiples escalades extravagantes et redescentes immédiates de l’imposante falaise de Bandiagara et autres gigantesques éboulis réputés infranchissables, suivront bientôt les splendides petits villages Dogon et Tellem aux noms étranges de Sogoul, Younga, Koudou Goumo, Koudou Guina, Koudou Da, Tiegou, Bongo...

Photo du Pays Dogon Mali



























 

 

A la fin du deuxième jour de marche

Tout en partageant avec moi une gorgée tiède de bière de mil, le « dolo » (tiens, tiens...), boisson locale fermentée légèrement gazeuse et délicieusement acide bue à même la calebasse où pataugent, agonisantes, quelques mouches, Tégué II Dolo profite d’une pause salutaire à l’ombre d’un énorme baobab pour me dévoiler quelques unes des coutumes étranges de son pays. Comme ces cérémonies initiatiques de circoncision des jeunes garçons de sept à douze ans répartis en « Tumo » (sorte de « promo » de l’année), qui, encore « hommes et femmes », quittent le monde de l’adolescence et du désordre, pour entrer dans le monde des hommes et de l’ordre.
Ou cette pratique qui consiste à isoler chaque mois les filles dans la « Maison des Règles » pendant toute la durée de leur cycle menstruel.
Celles, enfin, plus que jamais controversées, de l’excision du clitoris des jeunes filles, pratiquées à l’aide d’un simple couteau, censées soustraire de leur corps la partie masculine et faire d’elles des femmes « bonnes à marier »...

De collines rocailleuses en panoramas saisissants à 360 degrés surplombant l’immensité de la plaine vers le Burkina Faso, d’échelles de bois branlantes maladroitement accrochées à la falaise en descentes vertigineuses d’étroites failles taillées à même la paroi, mon infatigable et intarissable Tégué m’initie, tout en marchant, à l’histoire de son pays qu’il veut toujours auréolé de mystères et de rites millénaires.
A l’aube du troisième jour d’une marche décidemment très sportive, je me surprends alors, moi le « Toubab » à la peau blanche, au rythme sourd et lancinant des mortiers des femmes pilant le mil  dans les sublimes levers de soleil sur Bandiagara, à pénétrer doucement au cœur du vrai Pays Dogon.

Au cœur d’un monde encore à découvrir, où passé et présent s’entremêlent à chaque instant, à la rencontre des Dogon, ce peuple des falaises.
Car pour qui sait encore regarder, être attentif et s’émerveiller du simple, la Magie du Pays Dogon opère encore.

La loi du plus fort est toujours la meilleure.

Croquis de VoyagesTégué II Dolo lui-même sait finalement peu de choses de l’origine de son célèbre et mystérieux peuple Dogon,  peuple de cultivateurs et néanmoins une des populations les plus vieilles d’Afrique noire, qui compterait de nos jours environ 400.000 habitants, regroupés en communautés ou « ginna » (prononcer « guinna »).

Il m’explique que, venus du Mandé (« Le Pays où vit le Roi »), région au sud-ouest du pays et ancien centre de l’Empire du Mali, les Dogon s’approprièrent la falaise de Bandiagara, délogeant de leurs villages troglodytiques ses occupants de l’époque, les Tellem, des « petits hommes à peau rougeâtre », ancêtres des pygmées, qui durent émigrer plus au sud.
Les Dogon se disséminèrent ensuite dans la plaine, recouverte à l’époque par de vastes forêts, et sur le plateau, au sommet de la falaise.

Originellement animistes, les Dogon - autrefois surnommés par les peuls les « Habés », les païens - fuyèrent vers Bandiagara pour éviter l’islamisation. Aujourd’hui, bien que la majorité des Dogon soit de religion musulmane, les pratiques animistes restent extrêmement présentes, et le Sacré règne ici en maître : « Comme Brahma en Inde, poursuit Tégué, Amma épousa la Terre.
Aujourd’hui encore, elle est pour nous la Force Créatrice Suprême et le Dieu unique, à qui on doit le commencement du monde.
Le Nommo, lui, est le Génie de l’eau, le maître de la vie et de l’ordre. Son contraire, Yurugu, le Renard Pâle, règne sur la mort, la sécheresse et le désordre. »

Photo du Pays Dogon Mali





























 

Ce sens multi centenaire du Sacré

Transmis par tradition orale et perpétué depuis dans chaque geste quotidien, permet à Tégué et aux Dogon d’aujourd’hui de rester connectés en permanence  à la Terre Mère, sans laquelle ils ne pourraient naître, se nourrir ni mourir. Cette connexion essentielle est pour eux à l’origine de l’humilité, de cet humus d’où nous venons à peine, et où nous retournerons bientôt. Etre relié à la Nature, où l’eau, le feu et les rochers sont des êtres vivants. Rester connecté à un monde peuplé, dès le coucher du soleil, par les génies, les diables et les esprits des ancêtres.

Traditions sociales omniprésentes et toujours vivantes entre masques, fêtes rituelles et cultes périodiques rendus aux Anciens. Mythologie complexe reliée au cosmos, fondement même de l’existence des Dogon d’hier et d’aujourd’hui.
Témoin, par exemple, la fête du sigui, centre de la cosmogonie Dogon  autour de la création du monde. Dirigée par un homme revêtu d’un masque de serpent haut de sept mètres, rares sont ceux qui ont le privilège d’y assister, car cette fête n’a lieu que tous les soixante ans, durée de révolution d’un satellite de l’étoile Sirius observé jadis par les Anciens. Mes rêves étranges de cette nuit là, peuplés de diables et de hurlements de fillettes en larmes, s’arrêtent prématurément.

Impossible de faire la grasse matinée au Pays Dogon.

Croquis de VoyageHistoire de récupérer un peu de la fatigue du chemin : Avant le lever du soleil, ces sont, tour à tour, les chants récurrents et déréglés de coq arrogants, les braiments douloureux et sonores des ânes définitivement déçus par leur destin ingrat, et les plaintes chevrotantes de chèvres insomniaques qui auront eu raison de mon obsession naïve de repos.

La route doit continuer, et il me faut emboîter le pas matinal d’un Tégué II Dolo toujours frais comme un gardon vers d’autres minuscules petits villages de pierre et de paille accrochés à la falaise, à la recherche de nouveaux chapelets d’habitations troglodytiques Tellem à immortaliser sur la pellicule.

Au milieu du cinquième et dernier jour de marche, en traversant les champs d’oignons et de tabac vigoureusement arrosés par les femmes à grands coups de calebasses, je comprends enfin l’utilité de la douzaine de noix de kola achetées le premier jour à Sangha sous les injonctions péremptoires de mon guide.
Fruit du kolatier, arbre des forêts du sud, au goût si amer qu’elle en est immangeable, la kola doit paraît-il sa célébrité au non moins célèbre Coca-Cola (dont les enseignes scandaleuses défigurent la plupart des villages Dogon), et dont elle est un des composants.

Symbole d’humidité et de vie, la noix de kola ouvre la rencontre et codifie l’échange au Pays Dogon. Simple visite de politesse à un proche parent, demande de conseil aux anciens ou cadeau de remerciement pour service rendu, la petite noix de kola que je tiens fébrilement dans ma main ce jour-là remplit merveilleusement son rôle social de « Sésame » : Grâce à elle, je peux rencontrer dans sa case et parler, entre deux nouvelles gorgées d’une improbable bière de mil à l’origine indéfinie, au vieil oncle de Tégué, homme peu bavard et sans âge.
Et apercevoir, de loin, le « Hogon », Chef Religieux au pouvoir absolu attribué au plus vieil homme du village.

Maintenu à l’écart de tout contact extérieur (le monde impur), et tenu au courant des événements de la communauté grâce à un réseau d'informateurs, le Hogon est le seul habilité à faire respecter les tabous, à régler les litiges et à punir. Une fois dans sa maison, la "Maison du Hogon", il ne pourra en sortir que le jour de sa mort. C’est pour ma part bien vivant, quoique épuisé, que je quitte Tégué II Dolo, le Pays Dogon, l’étoile de Sirius, les pains de singes et la kola :
Retour à Mopti, au qualificatif forcément usurpé de « Venise malienne »...

Photo du Mali




























 


 

Les Seigneurs du Fleuve.

Comme tous les jours à la même heure, Moussa Coullibally, le sympathique et très dynamique nouveau Directeur du Village d'Enfants SOS de Mopti, une ONG présente dans plus de 120 pays dans le Monde, pénètre à pas rapides, souriant, dans son bureau.
A peine essoufflé par ses 11 km de jogging quotidiens entre le "Village" et la mosquée où il va prier cinq fois par jour, il vient de troquer son survêtement au profit de son costume cravate. La réunion du jour avec le "staff" du Village, composé de tous les instituteurs et "Mères SOS" de remplacement des enfants orphelins peut commencer.

Reposé, douché et rasé de frais, je profite des services du chauffeur personnel que Moussa met généreusement à ma disposition pour me rendre sur le port de Mopti, et contempler, depuis la terrasse du Bar Bozo, tout en buvant une bière fraîche largement méritée, les ballets incessants de pirogues sur le fleuve Bani, principal affluent du fleuve Niger. Tout en dégustant un « capitaine » grillé, poisson national malien, j’observe le manège des margouillats, énormes lézards qui somnolent dans les derniers rayons de soleil de cette radieuse fin d’après-midi.

Mopti, la soit disant « Venise malienne »...

 
Croquis de VoyageMopti, fourmilière géante à ciel ouvert, port chaotique enseveli chaque jour un peu plus sous des tonnes d’immondices et d’odeurs nauséabondes en tous genres.
Et pourtant Mopti, port du Sahel, authentique et irremplaçable plaque tournante du commerce malien où s’entrechoquent en permanence milliers de pirogues et centaines de pinasses, où se mêlent langues et cultures Bozo, bambara, touareg, peul, somono, songhoï...

Plutôt que de m’y rendre en 4x4, bus ou en taxi brousse, mon choix est déjà fait : J’embarque pour Tombouctou en pinasse sur le fleuve Niger. Entre juillet et février (avant, le niveau d’eau est trop bas et les hippopotames très nombreux), partir voguer sur le fleuve nourricier - long de 4.700 km, dont 1.700 au Mali - qui, tel le Nil en Egypte, irrigue et fertilise les terres du sud du Mali, est une aventure épique et irremplaçable.

Le choix des pinasses, ces gigantesques pirogues de plusieurs dizaines de mètres de long, ne manque pas sur le port de Mopti : Je fais jouer la concurrence pour trouver le meilleur prix, et, après quelques emplettes dans les échoppes du port, je loue une natte de rigueur pour marquer le territoire d’un mètre carré auquel j’ai droit à bord.

Photo de Mopti, Mali




 
























 

 

Je prends mon mal en patience :

Le temps en Afrique n’est décidemment pas le même que chez nous. Comme un bus ou un taxi brousse, la pinasse ne part jamais « à l’heure » (de toute façon, il n’y en a pas), mais uniquement quand elle est (très très) pleine. Pleine, et même surchargée à couler : Assis en tailleur sur ma natte, juste derrière le conducteur, je regarde monter sur notre pinasse, médusé et un peu inquiet, plus de deux cent personnes. Mais aussi frigos, motos, cyclomoteurs, matelas, coffres, bagages...

Impossible non plus de se reposer tout au long de cette traversée d’un autre monde, c’est la cacophonie permanente et généralisée : Mugissements souffreteux d’un unique moteur menacé de rendre l’âme d’une minute à l’autre, radiocassette du conducteur qui passe en boucle la même chanson malienne pendant trois jours, chants des passagers, cris des bébés, retransmissions en direct des matchs de foot de la Coupe d’Afrique des Nations sur chaque poste de radio des dizaines de passagers entassés à bord...

Aucun phare sur le bateau, aucun éclairage sur le fleuve : Dans une nuit d’encre, nous ne pouvons tous compter que sur la seule expérience des trois conducteurs, qui vont se relayer, trois jours et deux nuits durant, pour nous amener à bon port, à Tombouctou, quelques centaines de kilomètres plus au nord.

Traquenard a Tombouctou.
 
Croquis de VoyageTombouctou la lointaine, Tombouctou la mythique et Tombouctou « la rayonnante » ne se sont pas seulement laissées ensevelir sous les sables et la poussière du temps. Vidées de leur substance, aussi, et en l’occurrence, de ses habitants : Nous sommes en plein « Tabaski », équivalent de la fête musulmane de l’Aïd, et prétexte tout trouvé pour augmenter les prix.

Assis à la terrasse du petit restaurant « Amanar » (« l’étoile d’Orion », en Tamasheq, la langue touareg), je jette un regard incrédule au gigantesque monument qui me fait face, « Flamme de la Paix ». Construit en 1995, symbole des accords de paix signés à l’époque entre les touaregs et le gouvernement, il mit un terme (provisoire) aux guerres sanglantes qui ravagèrent le Sahara. Et au passage, aux revendications des minorités touaregs des années 90, menées par leur chef, Mano Dayak, disparu dans un mystérieux accident d’avion.
 
Une forme indéfinie vient de bouger à ma droite et arrive droit sur moi. Voilà que ça recommence. J’ai pourtant largement mérité de reposer un peu mes fesses endolories par trois jours de supplices en tous genres et d’oublier, dans la foulée, mes mésaventures aquatiques.
Fausse joie. Une demie douzaine de touaregs d’un style nouveau, démarche chaloupée et lunettes de soleil, encerclent déjà ma petite table :

« Eh, Toubabaou, ça va, quand même ? »
Et moi qui, le visage dissimulé derrière mon guide papier ouvert à la page 269, croyais pouvoir passer inaperçu.
En mal d’improvisation, je lève le nez de mon livre décidemment inutile et je demande, mal assuré, à la cantonade :

- « Euh...où puis-je trouver Shindouk, le célèbre guide touar... »
- « C’est moi ! », répondent du tac au tac et simultanément six voix différentes...

Photo de Désert




 
























 

 

Un chèche de cinq mètres laborieusement enroulé autour de la tête

Un flacon de gel antiseptique sans eau dans une main, une boite de pilules chlorées désinfectantes dans l’autre, me voilà, malgré moi, au milieu d’une (petite) randonnée chamelière, en route pour de nouvelles « zaventures » sahariennes. Aventure entourée de Mamadou, nomade touareg et guide imprévu, remplaçant au pied levé les faux et le « vrai » Shindouk (« provisoirement malade » et dans tous les cas invisible), d’Omar, 14 ans, jeune « Bella » (les Bella sont les « anciens » esclaves noirs des touaregs) venu, sous prétexte de renfort, faire un « stage pratique » sur le terrain, et de trois chameaux pas au mieux de leur forme.

Dix jours de « Vache qui Rit » et de sardines en boîtes chargés sur les chameaux, direction plein ouest, vers, croyais-je, naïf, le Lac Faguibine, à 150 kilomètres de Tombouctou. Mais notre équipée improbable nous mènera ailleurs, vers les dunes blanches et oranges mouvantes d’Essakane, théâtre, à l’occasion, d’un Festival annuel de musiques maliennes paraît-il célèbre mais déjà terminé, à mille miles de toute terre habitée, en plein désert malien.

10 jours de marche aller et retour et quelques souvenirs mémorables de plus pour clore ce voyage épique, sources d’inspiration, un jour prochain, pour l’écriture de futurs carnets de voyages, que seuls mes petits enfants liront. Peut-être.

Mémorable, et pourtant cruellement oubliée par Mamadou à Tombouctou avant le départ, sa poulie en bois indispensable pour remonter l’eau des puits de notre périple saharien : Mais que sont quelques heures de plus dans le Désert à attendre, comme le Messie, le premier groupe de nomades venu munis, eux, de leur poulie, quand on a 10 jours de marche devant soi, Mmm ?

Mémorable et pourtant à très vite oublier, ce pauvre petit mouton égorgé sous mes yeux au septième jour de marche, mort en silence pour de mauvaises raisons, et qui me fit jurer de devenir définitivement végétarien.
Mémorables enfin et gravées à jamais dans ma mémoire, ces trois heures, qui durèrent des siècles, pendant lesquelles je me suis retrouvé perdu, seul, en plein désert malien, sans âme qui vive à des dizaines de kilomètres à la ronde, pendant que, tranquilles Basile, Mamadou et Omar, le petit « Bella », bavardaient comme des pies sur leurs chameaux, ayant oublié jusqu’à mon existence.
Oui, oublier tout ça. Ne garder dans ma mémoire que les merveilleux moments, innombrables, de cette longue aventure dans le patchwork malien.
Fermez les yeux, s’endormir enfin. Se réveiller en France...
 
Loin, plus loin vers le sud.

Croquis de Voyages
Me revoici déjà, hagard, errant dans le labyrinthe imbécile et forcément calculé d’un improbable supermarché, doublement catapulté au Royaume du luxe inutile et de la profusion superflue.

Le visage monolithique de la caissière de chez E.D. (prononcer « Ed », ça fait un plus amical…) a trop vite remplacé le regard de braise - un rien altier - et la démarche (trop ?) travaillée du Touareg malien qui nous accueille pour nous faire visiter Tombouctou l’ensablée, Tombouctou l’usurpée...
 
Pourtant, n’avais-je pas réussi, non sans mal, à me faire accompagner, pour cette occasion unique de dépaysement à moindre frais (quoique…), dans l’Afrique dite « sub-saharienne », par la seule femme capable de ne pas se laver les cheveux pendant 15 jours, ne pas prendre une douche chaude pendant un mois et de marcher 300 km à pied, sans proférer ne serait-ce que le début d’une plainte ?
N’ais-je pas été ce bouc émissaire impuissant à résister aux attaques massives de moustiques kamikazes ?
N’ai-je pas, aussi, survécu à l’eau de boisson tour à tour croupie, boueuse, chaude et, dans tous les cas, trop purifiée à coups de pilules chlorées?
 
Après tout enfin, ne suis-je pas revenu (presque) indemne des face-à-face répétés avec les hordes d’enfants sauvages de Mopti, arrêtant, dans un grand rire, de dégringoler de leur montagne d’ordures favorite pour venir, provocateurs, me planter dans les yeux leurs terrifiants regards d’enfants déjà trop adultes et me tendre le grand vide de leurs petites mains tremblantes et sales ?
Oh, comme j’aimerais écouter, une fois encore, ces récits, devenus Légendes, des «Fous de Taoudenni» venus échanger, un mois de marche plus loin, le sel de l’enfer de leur mine contre une poignée de thé...
 
- Monsieur ?  Monsieur ? Vous régler par carte bancaire, liquide ou chèque ?
- Euh... Repartir, fissa-fissa ?

Photos et Textes : © 2015 François-Xavier PRÉVOT - Croquis de Voyages d'Afrique : Kaori PRÉVOT SAKUMA - Reproduction interdite -
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